« Il semble que L’invasion est une distribution capitale aux recherches du drame
modern… Il est, certes, un autre théâtre : celui qui emprunte aux alcools de la foi et du verbe, son
efficacité. Posons donc la question : Adamov ou Claudel ? Je réponds : Adamov. »
Jean VILAR
Arthur Adamov porte, sur l’humanité du 20e siècle, un regard qui diffère avec certains de ses contemporains, qui d’après lui, ne touche qu’à la surface de son sujet. Adamov cherche, lui, à atteindre un réel métamorphique, à toucher aux angoisses, à l’impuissance et aux attentes, au lendemain incertain des guerres mondiales. « La vie n’était pas absurde, simplement difficile, très difficile ». Il cherche à creuser profondément, je pense, jusqu’aux racines qui tirent la vie vers le sol, qui la rendent si difficile. Une incertitude est laissée, néanmoins, dans son travail sur l’« étranger », sur l’identité des personnes concernées ; c’est qui fait de ses œuvres des formes mobiles, volatiles, qui peuvent faire vivre de nombreuses histoires différentes : « C’est l’éternelle histoire d’une majorité qui persécute une minorité en lui attribuant certaines tares. Tout le monde finira d’ailleurs par payer. » (Arthur Adamov, Le Monde, 14 avril 1953). Jouer Adamov aujourd’hui, c’est rendre sa place à une conception puissante, novatrice et pourtant méconnue du théâtre ; c’est aussi offrir un regard singulier sur les racines intimes de la solitude, de la distance à l’autre, de la peur de l’étranger.
Jean, ami d’enfance de Pierre et Tradel, est mort dans des circonstances qui nous sont inconnues, laissant derrière lui plusieurs centaines de pages manuscrites. Pierre s’échine à retranscrire ces écrits obscurs avec une rigueur qui se meut, au cours des quatre actes, en obsession. Tradel et Agnès aident Jean au cours de ce travail, chacun avec ses propres motivations. Tirant profit du déséquilibre du foyer, la Mère prend peu à peu possession de l’espace, dont elle use pour éloigner Agnès, sa belle-fille, de Pierre. Alors que l’obsession de Pierre atteint un état critique, Tradel, la Mère et Agnès échouent chacun à faire cesser cet état de fait. La Mère pousse alors Agnès, en la harcelant, dans les bras du Premier Venu…