Sina Tila
Note d’intention de mise en scène
Comment rendre compte de la logique d’un travail qui ne répond pas forcément aux lois de
la logique, et ce, sur un texte qui a pour seule logique celle de l’onirisme, l’ordre du
rêve ? C’est pourtant ce que demande l’exercice de la note d’intention à chaque créateur —
créatrice, se devant de proposer un « projet » cohérent, qui « tienne la route ». Mais
quelle est la cohérence d’un rêve, où rien n’est jamais en ordre, où toutes les
temporalités se jouent en parallèle, où l’espace est multiple et accueille des figures à la
fois archétypales et inattendues, et surtout, où tout est admis comme logique, où le champ
des possibles semble s’ouvrir à l’infini ? Ce tohu-bohu ne garderait-il pas en lui une
grande part de la réalité ? À mes yeux, il y aurait tant de façons de mettre en scène cette
pièce… Mais cette pièce, quelle est-elle ?
À vous dire vrai, lorsque je l’ai lue pour la première fois, je n’y ai pas compris
grand-chose, mais elle m’a beaucoup plu : j’ai malgré tout eu l’intuition d’une œuvre qui
pouvait être comme une aventure, à la fois mystérieuse et périlleuse, mais aussi une
énigme, pleine de secrets à desceller : ce sont les textes théâtraux que j’aime, et
celui-ci, dès notre première rencontre, en a fait partie. Cette part d’intuition est ce que
j’aime le plus dans ce travail de mise en scène : remettre tout en cause, être toujours en
doute, et ne pas savoir à l’avance ce que sera sa création mais s’aventurer dans le texte,
épaulé par autant de compagnons de route que sont les acteurs, actrices, les musiciens et
musiciennes, et tous les techniciens techniciennes qui participent à la traversée.
Une deuxième lecture, une troisième… mais maintenant, il faut passer sur le plateau pour
comprendre. Que faut-il faire avec une pièce si abstraite, si courte, et possédant un tel
nombre de personnages ? Peut-être qu’il ne faut rien « faire », du moins pas par l’exercice
de la pensée, et pas seul. J’ai fini par arrêter de réfléchir, l’équipage s’est donné
rendez-vous sur le plateau et on a commencé à marcher. Il n’y avait pas de secret, il
s’agissait simplement de décoder ce texte avec ses propres mesures, ses propres nécessités,
et les moyens du bord.
Nous avions néanmoins une règle, dès le départ, celle évoquée par Saroyan dans la
préface de La Situation Poétique, et que je n’ai comprise qu’après coup :
Le spectacle est construit sur le principe de la stricte autarcie. La norme générale est
la suivante : il est interdit d’introduire dans la représentation quoi que ce soit qui n’y
soit pas déjà dès le commencement. Un certain nombre de personnes et d’objets sont
rassemblés au théâtre. Ils doivent suffire pour réaliser n’importe quelle situation de la
représentation. Ils créent la plastique, le son, le temps et l’espace.
William SaroyanPréface
Tous dans le même bateau, comme dans une sorte de huis-clos, nous invitons les
spectateurs à bord pour une traversée. Nous avons sur le plateau tout ce dont nous avons
besoin, nos petits accessoires et nos acteurs-actrices, ainsi que les spectateurs,
spectatrices. Tous et toutes, nous ramons. Nous ne nous permettions donc pas d’introduire
de bande-son, de vidéo, rien qui ne soit pas strictement intra-diégétique. Tout est là,
tout le temps, ici et maintenant, rien d’autre, et nous le remettons en cause constamment :
et s’il en était autrement.
Le dispositif en quadri frontal s’est imposé de lui-même, selon un dispositif scénique
circulaire qui ne permet ni entrée ni sortie, qui inclut le spectateur dans notre aventure
jusqu’à ne plus les distinguer des acteurs et actrices au plateau, dans notre rêve, où tout
se passe toujours en scène, à vue. Cela offre aussi à chaque spectateur la vision d’un rêve
différent, tout à fait singulier et distinct de celui de son voisin. Dans ce rêve
américain, des figures se baladent sur le plateau et deviennent les icônes de cette nation :
Clark Gable y côtoie l’ouvrier immigré, les riches commerciaux des hauts buildings se
frottent aux habitants des bas-quartiers, tous les plans cohabitant dans le même espace
onirique. Se faufilant au travers du temps, parmi ces êtres pressés, un vieil homme cherche
son fils, et avec lui, cherche d’où il vient : il veut rentrer à la maison.
Saisir un texte comme l’acrobate empoigne son trapèze
La guerre et l’immigration
La question de la langue étrangère se pose et joue à plusieurs niveaux dans notre
travail ; d’abord avec la traduction de l’anglais vers le français que nous avons entreprise
avec Céleste Combes. Ce premier travail nous a imprégné du rythme de la pièce et fait
réfléchir à ses multiples sens. Nous avons cherché à préserver la fraîcheur du texte, le
rythme enlevé et rapide des répliques, les quiproquos, les jeux de mots. Le défi a été de
préserver à la fois la musicalité et la sémantique du texte original.
Dans La Situation Poétique en Amérique depuis Alexandre Dumas et quelques autres
nous découvrons des personnages en perte de repères. Publiées à l’aube de la Seconde Guerre
mondiale, les pièces rassemblées dans Razzle Dazzle évoquent les États-Unis des
années 1920-1930, quand des foules de migrants débarquent dans le « Nouveau Monde » pour
participer à sa reconstruction. Des personnages anonymes, des enfants et des vieillards, des
couples d’amoureux crèvent la faim et errent dans un paysage étranger, tantôt hostile,
tantôt romantique : l’Amérique. « Rendre l’humain à lui-même, le sortir de la foule anonyme
et du cauchemar de l’histoire pour le rendre à son corps et à son esprit. » Notre pièce
cherche à représenter des personnages anecdotiques dans leur singularité, traversant
l’histoire comme si c’était un vaste terrain vague peuplé de présences tantôt familières,
tantôt étrangères.
Des guerres énigmatiques et impalpables sont à l’œuvre dans le texte ; des conflits
invisibles se camouflent derrière des dialogues lyriques ou grotesques. Ce sont des guerres
internes, de races ou de classes.
William Saroyan était descendant de l’immigration arménienne, or nous avons voulu
travailler avec une troupe multiculturelle pour que se réalise pleinement cette histoire sur
le plateau aujourd’hui. Les acteurs amènent sur le plateau leur culture, leur façon de se
mouvoir, leur accent. Et ils jouent les rôles de personnages qui sont en quelque sorte des
fantômes. Inversement nous les immigrants venant de partout dans le monde nous devenons sur
scène des acteurs qui jouons ces rôles. Dans ce jeu, il y a une réalité puisque chacun de
nous, immigrants de la vie réelle, nous construisons aussi cette terre, la France. C’est
comme si la pièce de William Saroyan était en train de passer doublement sur scène.
Comment révéler la violence à l’œuvre derrière l’insouciance de certains dialogues ? Le
grotesque peut-il aider à faire face à des injustices sociales et raciales ? La musique et
la danse peuvent-elles amener des personnages étrangers les uns aux autres à faire
communauté ?
Sina TilaMetteur en scène
Carnets de répétition
Ce que voient les actrices
Un rocking-chair
deux, trois bleus de travail et des flocons de suie
désirs de caroles ou de valses effrénées
— l’Amérique !
rêves d’ambre pleins la tête, alors que le soleil songe à se coucher
« Devenir quelqu’un ? »
Cris de métaux, blessures d’acier le cigare peine à rougeoyer.
des souvenirs ensevelis de poussière
mais la mémoire trace des sillons, suivant les hoquets de l’accordéon et
Le chapeau de craie demeure.
Lucie OuchetCarnet de répétition
Lucie saute sur la chaise pliante. Elle manque de tomber, mais André d’un seul geste
l’empêche de chuter du toit de l’immeuble. De ma place, je les vois au bord du toit. Je vois
à leur pied la ville se dessiner dans la tache de lumière au sol. « Regarde… New York ! ».
Je vois des ouvriers qui pour un temps deviennent les rois du monde. Sous mes yeux il
[l’espace] est devenu tantôt le bas de la rue, tantôt le haut du building, l’intérieur d’un
hôtel particulier ou celui d’un chantier de construction… tout s’y mélange, le patron vient
marcher parmi ses ouvriers, sa fille descend dans la rue, l’ouvrier devient résident du
building neuf, il grimpe littéralement les étages. Room at the top, ce n’est pas
comme ça que les choses devraient se passer. Est-ce justement pour ça que Saroyan a écrit
ces scènes ?
Lisa GautierCarnet de répétition
Tout s’éclaire aujourd’hui alors qu’on navigue dans un épais brouillard. Comme dans un
rêve, les personnages qui semblaient des archétypes (de ces figures qui te viennent
subitement à l’esprit lorsque l’on te glisse à l’oreille « c’est l’Amérique ») ne feront en
fait jamais ce qui est attendu d’eux. Comme dans un rêve, ces personnages qui ne se
rencontreront jamais de leur vivant se rencontrent, restent ensemble et s’unissent dans cet
espace qui est tout et rien à la fois, ce temps qui est presque un non-temps. Rêve ou
utopie ? Hétérotopie ?
D’après une critique de Julie Douet-Zingano
This is America
« Y-a-t-il un homme ici qui s’appelle Daniel ? ». Ainsi commence la pièce de William
Saroyan, par une question. Un vieillard cherche son fils, son fils perdu dans une terre
inconnue. Un Daniel ou un David, il ne sait plus. Mais quel est ce lieu sans nom où l’on
demande quelqu’un par son prénom ?
L’Amérique ! Ah, l’Amérique ! Évidemment, qui d’autre ? Une Amérique réduite à son état
reptilien : un plateau de théâtre. A stage. Terre promise, purgatoire où les êtres
marchent frénétiquement en rond — êtres profondément solitaires, cherchant à tout prix mais
ne parvenant jamais à faire communauté ; êtres dont on ne sait plus distinguer s’ils sont
morts ou bien vivants. Oui, l’Amérique, notre purgatoire commun. C’est en tout cas la
sensation que la mise en scène de Sina Tila nous offre. Un plateau nu, plongé dans le noir.
Des figures humaines peuplent le sol. Un rocking-chair au centre. Un échafaudage nous
entoure (très intelligemment, il reprend les armatures de la salle, mises à nu).
Dans ce théâtre déconstruit où le public est assis sur le plateau, où la hauteur du
plafond donne le vertige à l’envers, où tout est en vue — l’Amérique peut renaître. Par les
bruitages presque ridicules des comédiens et comédiennes qui imitent le train, le réveil,
les automobiles. Des gens qui travaillent, c’est ça l’Amérique ! Deux ouvriers qui
reconstituent un chantier en frappant contre le sol du théâtre et le métal aigu de
l’échafaudage. Boum boum tchling. Boum boum tchling. Sous les mains rugueuses de l’ouvrier,
un nuage de poussière s’échappe de la faille entre les planches sombres — tant de pieds
passés par ici, tant d’histoires emprisonnées qui se délient soudain sous nos yeux.
Il y a dans cette mise en scène, quelque chose d’extrêmement touchant, de propre à
l’essence même de l’art théâtral, en tout cas de celui qui me rend vivante, c’est cette
magie faite du presque rien. Deux mains sur un plancher, la création de Manhattan.
L’Amérique devient cet espace vide où l’on erre à la recherche des perdus, un espace d’un
autre ordre, comme un plateau en suspension au-dessus de la vie quotidienne. Mais gare à
ceux qui l’auraient pris pour le Paradis. Cette immense île aux plages sombres, perdue au
milieu du monde, n’est que le morceau de terre où viennent s’échouer les bateaux des
survivants, des affamés, des fuyards et des abandonnés. Ce sont eux qui bâtiront nos rêves.
Ce rêve trop clair, que l’on nous a si bien vendu. Vaste arnaque. Un pays où personne
n’appartient à personne, où chacun ne dépend que de soi-même, où, pour une poignée de
dollars on peut changer de nom et devenir quelqu’un, un tueur pour un héros.
« I want to be somebody. »
Question de la traduction
Je veux être célèbre. Je veux être quelqu’un. Les hésitations de traduction de Céleste
Combes, pour les derniers mots du personnage joué par Lisa Gautier, cette jeune fille qui
n’a jamais travaillé, qui ne sait rien faire et que son père, le gros capitaliste au cigare
fumant veut marier à l’ouvrier qui a sauvé sa vie en tuant l’un de ses frères de classe
— ces hésitations, donc, révèlent un fragment de l’Amérique, de la légende sur laquelle elle
s’est bâtie. « Quelqu’un » sera finalement retenu, rendant le discours de la jeune femme
plus profond. Pas besoin d’être célèbre, simplement quelqu’un, l’essence de toute vie
humaine. Tout le monde, toutes les âmes perdues ici, courant après ce rêve, être quelqu’un.
Daniel, David, voulaient être quelqu’un. Le capitaliste croit être quelqu’un. La jeune femme
du métro l’est. La jeune femme qui n’a pas un nickel à son nom, elle aussi, l’est,
pleinement.
Quand le film est fini.
Quand le téléphone sonne pour la septième fois.
Quand le soleil se couche.
Quand les portes du métro s’ouvrent et que personne ne sort.
Quand les gens à l’opéra crient bravo.
Quand on entend le toc toc à la porte.
Quand il n’y a plus rien.
Retrouve-moi quand tout dort et qu’il n’y a plus de mémoire.
William Saroyan
La terre du bonheur
Place de la musique
Il serait impossible d’écrire sur ce spectacle sans s’arrêter sur Saeed Ahmadian. De son
corps effilé, il traversait ce tourbillon de spectres affligés avec la qualité d’un ange. Un
ange qui vient suspendre le récit le temps d’une chanson. Ce nouveau personnage, apporté par
Sina Tila, était peut-être le plus fidèle de tous à l’esprit de William Saroyan. Ses chants
d’une puissance magique semblaient nous réparer, comme si nous étions venus ici pour cela
précisément, l’écouter, dans une grande messe païenne. Saeed Ahmadian chantait en persan, en
arabe et en français, sur des compositions originales, inspirées par cette pièce qui va et
vient — il nous reliait, nous qui regardions, à ceux et celles qui bougeaient, vibraient sur
le plateau.
On pourrait être tentés de reprendre l’expression de Georges Didi-Huberman, « Ce que nous
voyons, ce qui nous regarde » (titre de son essai de 1992 sur la sculpture minimaliste).
Nous les voyons, et Saeed, à chaque fois qu’il traversait l’espace, nous regarde. Par son
chant — derrière lequel on entendait convoquées les voix de milles autres, hommes et femmes,
tombées avant lui pour qu’il se dresse devant nous si frêle, si puissant — la pièce,
l’œuvre, nous regardait, avec toute la dimension agissante de ce verbe. Se sentir regardé
n’est pas nécessairement confortable en tant que spectateurs, spectatrices, ce corps
silencieux qui communie dans le noir. Il me semble que Sina Tila parvenait par là habilement
à questionner notre place d’êtres perceptifs en nous posant la question en retour : qui êtes
vous dans cette histoire ? Un David, un Daniel, un capitaliste, une fille sans un nickel ?
Qui êtes vous dans la poésie américaine ?
« Y-a-t-il un homme ici qui s’appelle Daniel ? »
Une troupe mosaïque
Sina Tila vient d’Iran. Saeed Ahmadian et Hamid Reza Javdan aussi, lui qui incarnait le
vieil homme déchu. Sa voix, sa présence, comme celle de Saeed Ahmadian, le dépassait. À
travers son corps, c’est toute la tradition d’un grand peuple de théâtre qui nous était
offert. Quelle chance, quelle infinie chance. Yamen Mohamad est Syrien. Avec son bras cassé,
sa voix grave, il fumait un cigare de capitaliste américain, le singeant de l’intérieur. Qui
de mieux que lui pour ce rôle ? Yvan Navaï, l’accordéoniste, est français. Ses yeux doux, son
béret, nous ramènent aux heures de la guinguette et de Jacques Prévert. François Bonté,
Céleste Combes, Lisa Gautier, Lucie Ouchet et André Gryner sont aussi Français, des français,
françaises d’aujourd’hui, des visages de la jeunesse de ce petit pays, ce bien vieux pays
qu’on voudrait plus éveillé, à moins se reposer sur ses lauriers et qui cherche encore
comment il peut être ensemble, malgré ses fractures. Et ils, elles, nous parlent d’Amérique !
Quelle blague, quelle supercherie, quelle intelligence de la mise en scène.
La chance de pouvoir voir deux étapes d’une création, d’abord présentée à Paris 8 puis à
Nanterre, c’est de saisir comment l’éco-système évolue. Car c’est un vrai organisme vivant
que nous présente Sina Tila, tous les personnages étant présents en continu, déambulant sur
le plateau, un mouvement de l’un appelle le mouvement de l’autre et cette joyeuse troupe se
meut comme un blob ou une étoile de mer, enfin, un organisme étrange, qui bouge tout seul,
mystérieusement — qui vit. Trois femmes qui ne se perdaient jamais de vue. Ancrées,
concrètes, accrochées. Au milieu du grand écosystème, un autre écosystème, secret, discret,
mais bien présent, se tissait. La toile de Pénélope : Céleste Combes, Lisa Gautier et Lucie
Ouchet nous offrent une image sensible, presque imperceptible, de ce que l’on nomme
sororité. Comment décrire cet état de sœurs ? Un courant privilégié. Un mouvement, un regard,
une respiration. Des fils qui les relient, particulièrement, alors qu’elles ne se croisent
sur aucune scène. Non, dans cette Amérique, les femmes ne parlent qu’aux hommes, jamais entre
elles. Et pourtant, la densité du travail entre elles existait, là, dans cette limite
tangible de l’invisible.
Ramener cette troupe multiculturelle, qui mêle les chemins de l’exil, nous parle en soi
de l’essence de Saroyan, ce fils d’immigrés Arméniens. Qui peut se dire Américain ? Des
voleurs de terre, des bannis, des gens volés à leur terre. Qu’est-ce que l’Amérique ? Une
invention, un pays qui n’existe pas. Un leurre, un mythe qui nous constitue, particulièrement
aujourd’hui. Et personne ne sait mieux le raconter que des anti-américains, les exclus mêmes
de cette histoire. En soi, cette mise en scène est un vent fort, nouveau, politique et
poétique, salubre, tellement salubre, comme disait Rimbaud. Il fallait Sina Tila et sa troupe
en mosaïque pour offrir une vision profonde de l’Amérique qui se cherche, celle
d’Et maintenant louons les grands hommes, celle des ouvriers prenant un sandwich
au-dessus du gouffre de l’Empire State, celle-là, qui n’existe plus. Merci à lui, à sa
troupe, qui par l’art du théâtre, ont su la ressusciter.
Julie Douet-Zingano